Longtemps, j’ai résisté à relire A la Recherche du temps perdu. Presque cinq ans plus précisément. Le 17 juillet de 2008, je posai mon regard sur le mot fin de la page 1,048 du troisième et dernier volume de la Pléiade de l’édition de 1954, qu’un ami, dont j’ai depuis perdu la trace, m’avait si généreusement fait cadeau trois ans auparavant. Trois années sembleraient à d’aucuns trop long pour lire les quelques trois milles pages de ce méga-roman. Mais je préfère lire lentement afin de savourer et de mieux comprendre ce que je lis. Plus important était le besoin d’habiter l’oeuvre, d’établir, aussi, de solides amitiés parmi ses nombreux personnages, promus à devenir des personnes qui hanteront ma lecture et qui, s’ennuyant de moi, m’enjoignent depuis lors à les revisiter…
Quoique je n’aie aucunement cessé au cours de ces trois années à délaisser l’univers et la vie de Marcel Proust : la lecture d’études critiques, d’essais d’interprétation, de biographies, d’une partie de sa correspondance, tout me rappelle à lui et à son œuvre. Une obsession, me disent certains amis, mais qui indique l’emprise du livre de Proust sur moi, comme à d’autres époques de ma vie les œuvres de Marx et, ensuite, celles de Nietzsche.
Cependant, demeure pour moi et moi seul, la question fondamentale : que chercherai-je à relire la Recherche ? Les notes de cette relecture qui suivront au cours des mois, des années probablement, et que je publierai dans ce blogue, devenu davantage une interface publique de discussion avec moi-même plutôt qu’un simple outil de diffusion d’idées, ne serviront qu’à répondre à cette question qui me hante depuis le regard posé sur ce mot fin.